Chef américain décédé le 31 mars à l’âge de 83 ans, ce berliozien de la première heure signait à Strasbourg en 2018 un mémorable enregistrement des Troyens de Berlioz. Disque, au casting cinq étoiles, resté dans toutes les mémoires pour les critiques unanimes à son sujet. Retour sur une dense vie rythmée par la musique.
Né le jour de la Saint Nicolas à San José au Costa Rica, ses parents missionnaires protestants lui propose à douze ans de partir pour les Etats-Unis. A l’aise devant le piano, comme l’orgue, John Nelson fréquente des établissements privés d’abord en Floride puis dans l’Illinois. Sa formation musicale prend une toute autre tournure lorsqu’il est reçu à la Juilliard School de New York où il étudie avec Jean Morel. Chef d’orchestre français expatrié aux Etats-Unis depuis la Seconde guerre mondiale, il aura formé de talentueux musiciens comme James Levine et Catherine Comet. C’est peut-être cette rencontre qui oriente John Nelson vers la direction d’orchestre… Il est en revanche certain que Jean Morel lui fait découvrir l’opéra. Confession dans le New York Times en 1975 : « Je n’en avais jamais vu avant mon arrivée à New York ».
Débutant la direction d’orchestre au Metropolitan Opera, avec dans ses bagages le prestigieux prix Irving Berlin, John Nelson a dirigé plusieurs ensembles américains, notamment l’Indianapolis Symphony Orchestra (1976-1987), l’Opéra de Saint-Louis (1985-1988) et le Caramoor Music Festival à New York (1983-1990).
« Je connais ce monsieur [Berlioz] il est mon ami »
Sa carrière internationale débute avec Berlioz en 1972. Alors au Carnegie Hall, le maestro dirige Les Troyens. Cette même partition le fait voyager jusqu’en France… Il devient alors une figure indissociable du compositeur.
Quand j’ai entendu à 28 ans Les Troyens dirigés par Colin Davis, c’était comme si je n’avais jamais entendu de musique auparavant. (Rencontre avec John Nelson, Diapason, 2019)

On espérait bien terminer le mois prochain son cycle Berlioz qu’il avait entamé en 1992 à Lyon avec l’enregistrement de Béatrice et Bénédicte. Moi, j’ai fais presque vingt enregistrements avec lui […]. Avec l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, toute cette série Berlioz qu’on avait inauguré avec l’enregistrement mythique des Troyens mais aussi La Damnation de Faust, le Requiem, le Roméo et Juliette, les Nuits d’Eté, Harold en Italie… Il était presque au bout de ce cycle. On devait enregistrer le mois prochain donc l’Enfance du Christ, la Symphonie fantastique et Lélio et malheureusement on ne pourra pas aller au bout du chemin.
Alain Lanceron, Président de Warner Classique et Erato, au micro de Gabrielle Oliveira-Guyon sur France Musique ce matin
Au chevet de la jeune génération de compositeurs en 1994, James MacMillan, Christopher Rouse et Roxanna Panufnik, John Nelson s’est engagé à promouvoir la musique contemporaine en créant une fondation à Chicago. Après un premier AVC il y a trois ans, le public strasbourgeois présent l’année dernière Salle Erasme se souvient peut-être d’un geste d’ « au revoir ». Au micro d’Accent 4, il confiait que Berlioz était, contre toute attente, troisième dans son panthéon musical.
Victor-Emmanuel HUSS